L'icône littéraire et lauréate du prix Nobel Toni Morrison, autrice des romans emblématiques Sula, Song of Solomon et Beloved, est décédée lundi au Montefiore Medical Center de New York. Elle avait 88 ans.
Ancienne professeure émérite à l'université de Princeton, cette forgeronne de mots incomparable était une fervente défenseure de l'expérience noire. Ses œuvres dépeignent avec une force et une profondeur exceptionnelles la condition et les luttes des Afro-Américains, captivant des lecteurs du monde entier.
Son amie de longue date, Oprah Winfrey, lui rend un hommage vibrant : « Elle était notre conscience, notre voyante, notre diseuse de vérité. Une magicienne du langage qui comprenait le pouvoir des mots. Elle les a utilisés pour nous troubler, nous réveiller, nous éduquer et nous aider à affronter nos blessures les plus profondes. »
Les thèmes récurrents de ses livres – esclavage, colorisme, misogynie, surnaturalisme – résonnent universellement. En 1993, elle devient la première femme afro-américaine à remporter le prix Nobel de littérature.
Une vidéo virale extraite d'une interview de 1998 avec la journaliste Jana Wendt illustre son intrépidité face au racisme et son esprit aiguisé. Interrogée sur le moment où elle écrirait « substantiellement » sur les Blancs, Morrison réplique : « Vous ne pouvez pas comprendre à quel point cette question est puissamment raciste, n'est-ce pas ? »
Elle souligne qu'une telle question ne serait jamais posée à un auteur blanc : « Vous ne pourriez jamais demander à un auteur blanc : 'Quand allez-vous écrire sur les Noirs ?' Même l'enquête vient d'une position d'être au centre. C'est inconcevable que là où je suis déjà, ce soit le courant dominant. »
Face à la tentative de justification de Wendt, Morrison compare son rôle à celui d'un « écrivain russe qui écrit sur la Russie en russe pour les Russes » : « Le fait qu'il soit traduit et lu par d'autres est un avantage, un plus. Mais il n'est pas obligé d'envisager d'écrire sur les Français, les Américains ou qui que ce soit. »
Ces paroles résonnent plus que jamais dans un monde marqué par les tensions raciales. Elles nous exhortent à combattre l'injustice et le sectarisme.
Sur Twitter, les réactions saluent la grâce et la profondeur de Morrison face à ces questions perçues comme racistes. Un utilisateur note l'ironie pour une journaliste australienne ; un autre évoque le « regard d'acier » de l'autrice.
Regardez l'intégralité de l'interview ci-dessous.
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