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Pourquoi la procrastination n'est pas si mauvaise : un boost inattendu pour la créativité

Vous procrastinez ? Cette habitude est courante dans notre société moderne, particulièrement chez les écrivains indépendants, les entrepreneurs à domicile et les travailleurs autonomes.

Aaron Sorkin, célèbre scénariste de The West Wing et Steve Jobs, est connu pour reporter son écriture. Interrogé par Katie Couric, journaliste de Yahoo! Global News, il a rétorqué : « Vous appelez ça de la procrastination, j'appelle ça de la réflexion. »

Bien sûr, remettre indéfiniment une tâche urgente n'est pas idéal. La société stigmatise la procrastination comme un signe de paresse, de manque de sérieux ou de non-professionalisme, nous plongeant dans la culpabilité. Pourtant, nous persistons.

Piers Steel, psychologue à l'Université de Calgary, a interrogé plus de 24 000 personnes : 95 % admettent procrastiner occasionnellement, et 20 % des adultes sont des procrastinateurs chroniques – cinq fois plus qu'en 1970.

Si la procrastination freine souvent la productivité, pourquoi persiste-t-elle ? Peut-elle parfois être bénéfique ? Le Dr Steel lie son augmentation à la flexibilité des emplois modernes, qui multiplient les occasions de reporter les tâches ennuyeuses. Dans les métiers créatifs, de nombreuses idées originales émergent après une période de tergiversation.

Frank Lloyd Wright, architecte légendaire, a procrastiné près d'un an sur une commande, produisant sur place Fallingwater, son chef-d'œuvre, sous la pression de son mécène.

Un peu de procrastination peut stimuler la créativité

Dans un article du New York Times intitulé « Pourquoi j'ai appris à procrastiner », Adam Grant, professeur à Wharton, cite son ancienne élève Jihae Shin, aujourd'hui à l'Université du Wisconsin. Elle a testé l'impact de la procrastination sur l'originalité des idées commerciales.

Shin a divisé des participants en groupes : l'un a commencé immédiatement, un autre a joué 5 minutes à un jeu (Solitaire ou Démineur) avant, et un troisième a attendu la dernière minute.

Les idées du groupe procrastinateur modéré (jeu après consigne) ont été jugées 28 % plus créatives. La procrastination tardive nuisait, car elle forçait à des idées simples et rapides. Le gain vient de la pensée divergente post-procrastination : connaître la tâche, la reporter, puis innover.

Comme l'explique Grant, nos premières idées sont souvent conventionnelles ; la procrastination permet d'explorer des associations plus riches.

Comment la procrastination stimule la créativité

En procrastinant, l'esprit relie inconsciemment expériences passées à la tâche actuelle, enrichissant le résultat. Les procrastinateurs évitent les pièges de l'impatience : excès d'ambition, perfectionnisme paralysant.

Les projets créatifs exigent parfois une pensée latérale et lente. Se précipiter bloque les idées concurrentes. Pour optimiser : commencez votre tâche, arrêtez-vous à un pic créatif (milieu d'une phrase), et reprenez plus tard avec momentum.

Mitch Albom, auteur de Tuesdays with Morrie, utilise cette technique : « Arrêter au milieu d'une phrase vous donne envie d'y revenir. » La distance permet réflexion et consolidation d'idées neuves.

Attention à la « pré-crastination » : l'urgence compulsive à tout finir immédiatement, qui peut épuiser. Pour les pré-crastinateurs, un délai modéré booste la créativité ; pour les procrastinateurs chroniques, acceptez-la sans culpabilité et utilisez la technique « start-stop ».

Voir aussi : 10 excuses boiteuses que vous utilisez probablement pour tergiverser.

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