Même une brève exposition à un film ou un récit de voyage spatial le montre : les phases les plus risquées sont le décollage et l'atterrissage. Le principe du « cockpit stérile », enseigné en gestion, consiste à éliminer toute communication non essentielle sous 10 000 pieds d'altitude. Ces moments critiques exigent une concentration absolue.
Alors que la vie reprend son cours, notre retour à la normale mérite une attention particulière. Nombre d'entre nous sortent épuisés émotionnellement de cette période pandémique imprévue. Il est sage d'anticiper les risques d'une réintégration trop précipitée après une si longue pause.
Je reçois souvent des invitations à expirer pleinement : relâcher les mains, détendre les pieds, lisser le front. Libérez cette tension jusqu'au bout, videz-vous d'un souffle profond.
La pression pour reprendre une vie « normale » est partout. Avec le retour des dîners entre amis, des boutiques et des concerts, l'exaltation est palpable – n'était-ce pas ce que nous attendions ? Pourtant, même reconnaissant, je ressens une tension sous-jacente. Les conseils d'un professeur de yoga ou d'un ami à détendre le corps et vider l'esprit révèlent une crispation omniprésente.
Face à ces appels à la détente, une résistance surgit. Peut-être par crainte de ce qui suivra le lâcher-prise. Après une période si imprévisible, oser expirer et baisser la garde ? Un nouveau choc pandémique nous guette-t-il ?
Mes maîtres en yoga m'ont répété que l'agilité et l'efficacité face aux imprévus sont maximales en état détendu, non tendu. Pour ma réintégration, j'accepte ces invitations à expirer. Je consacre du temps gagné en confinement à m'arrêter, respirer et lâcher prise. Avec respect pour les périls du retour, je vous invite à suivre : stérilisez le cockpit, défroissez le front, expirez à fond.
Nous n'avons pas contrôlé le décollage ; reprenons les rênes de l'atterrissage.