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Favoriser l'espoir : mon expérience en famille d'accueil

« Depuis combien de temps es-tu ma mère ? »

C'est la question que m'a posée ma fille l'autre jour. Pour beaucoup, cela paraîtrait être une interrogation naïve d'une petite enfant. Mais elle a neuf ans et a largement dépassé l'âge de poser une telle question dans des circonstances « normales ». Or, la vie en a décidé autrement : placée en famille d'accueil depuis longtemps, elle a traversé de nombreux traumatismes.

Cette question ne m'a pas surprise, car nous en parlons souvent. « Ça fait trois ans la semaine prochaine que je suis ta maman ! » Son grand sourire et son rire en réponse me remplissent de gratitude envers cette adorable enfant au tempérament rayonnant. C'est le signe le plus précieux qu'elle saura surmonter les épreuves de la vie.

Ne vous méprenez pas : tout n'a pas été idyllique comme dans un film sentimental. Les débuts ont été difficiles, et nous avons encore nos moments de tension, nos peurs et nos doutes, comme dans toute famille. Pourtant, quel privilège d'avoir vu cette petite fille passer d'une enfant de six ans rongée par une colère légitime face à son manque de contrôle, à une fillette de neuf ans aimante, heureuse et curieuse de tout apprendre. Elle s'épanouit grâce à la stabilité, aux règles et aux routines.

À l'inverse, son frère de sept ans, qui vit aussi avec nous, s'est récemment emporté contre moi après une bêtise et ses conséquences : « C'est pour ça que je veux vivre avec ma vraie mère ! », a-t-il crié. Après trois ans en famille d'accueil, je reste stoïque, mais mon cœur se brise pour lui. J'aurais tant aimé que ses parents biologiques lui offrent la vie qu'il mérite.

Je voudrais qu'il comprenne que affronter les conséquences de ses actes est une réalité pour tous les enfants, pas seulement ceux en placement. Et qu'il est aimé et en sécurité, même si le répéter ne suffit pas toujours à le convaincre. Ce garçon doux, affectueux et drôle teste sans cesse nos limites pour s'assurer que nous le relèverons. C'est éprouvant pour tous, surtout pour lui. J'espère qu'il s'en sortira, soutenu par tous ceux qui l'aiment. Nous ferons tout pour l'aider à y croire, aussi longtemps qu'il le faudra.

À mesure qu'ils grandissent, les enfants perçoivent les choses différemment, parfois plus clairement. Face au traumatisme, la compréhension évolue avec l'âge, la maturité et les événements. À six ans, ma fille voyait sa vie autrement qu'aujourd'hui. Nous revoyons ces questions pour l'accompagner. Voir ces blessures resurgir est douloureux, mais c'est le processus, et en tant que mère d'accueil, je m'engage à les guider, elle et son frère.

Mon fils a passé près de la moitié de sa vie en famille d'accueil. Ses souvenirs de ses parents s'estompent, contrairement à ceux de sa sœur qui lui raconte leurs moments heureux. Comment accepter cette perte si jeune ? Comment grandir avec une maman qui ignore à quoi il ressemblait bébé, ses jouets préférés ou ses premiers pas ? Aider ces enfants à préserver leur identité passée tout en construisant leur avenir est un défi quotidien.

Il est trop facile de stigmatiser les enfants placés comme « mauvais ». J'espère que ce témoignage sensibilisera à leurs pertes et traumatismes quotidiens, et à leur résilience incroyable malgré une société qui les ignore parfois. Être parent d'accueil va bien au-delà du logement, de la nourriture et des vêtements. Ces enfants en ont besoin, certes, mais il s'agit surtout de les aider à grandir, à surmonter des épreuves uniques, à valider leurs émotions tout en apprenant à avancer, et à leur montrer leur infinie valeur. C'est exigeant, mais chaque jour en vaut la peine. Pour un mauvais moment, il y en a mille bons. On dit qu'ils ont de la chance de m'avoir, mais c'est moi qui suis chanceuse : ils m'ont tant appris, et je leur suis éternellement reconnaissante d'être leur maman.


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