La nourriture n’a pas besoin d’être photogénique. Les meilleures recettes sont rassemblées ici. La célèbre cuisinière télévisée Nigella Lawson explique comment Internet a transformé nos habitudes alimentaires.

J’ai toujours photographié tout ce que je mangeais. Prendre en photo chaque plat lors d’un repas est aujourd’hui moins gênant qu’à l’époque où il fallait développer les pellicules chez le chimiste local. On me regardait d’un drôle d’œil quand je récupérais mes clichés de vacances : au lieu d’un album de photos de mes enfants, c’étaient des étals de marché et des assiettes de pâtes.
Il est donc surprenant que j’aie d’abord résisté à Instagram. Fan de Twitter, je ne voulais pas être submergée d’images. Mais il y a trois ans, je m’y suis mise et j’y ai pris goût. Passionnée de cuisine, je m’y plonge dès que possible et m’y inspire souvent.
Nigella Lawson : recettes exclusives de son nouveau livre, At My Table
Cependant, je me sens parfois dépassée. Instafood est étrange : gâteaux glacés ombrés à étages, plats parfaitement stylés juste pour l’esthétique. Les bols de smoothie existeraient-ils sans Instagram ? Je n’en ai jamais vu personne en manger.
Instagram privilégie la photogénie, comme la télévision, mais cela peut décourager les cuisiniers. Quand je poste un ragoût, je rappelle que 1) les ragoûts sont bruns, 2) les plats bruns sont les meilleurs. Peu importe les photos sur Instagram ou Pinterest, mais s’ils arrêtent de cuisiner, c’est triste.
Post Instagram de Nigella (@nigellalawson) du 19 septembre 2017
Instagram n’est pas la seule influence récente sur la cuisine maison – celle qu’on prépare chez soi. Loin des clichés nostalgiques de puddings vapeur ou hachis parmentier, la cuisine maison évolue. Elle s’enrichit d’ingrédients nouveaux issus de traditions étrangères. La cuisine est vivante, comme le langage.
Nos repas hebdomadaires sont variés et multiculturels : pâtes un soir, curry thaï un autre, tacos ou hachis parmentier. On s’inspire des cuisines du monde sans toujours les reproduire fidèlement.

Nous improvisons avec ce qu’on a. Un ingrédient manquant ? On adapte. Ravi de trouver curcuma frais ou piment d’Alep localement, je les intègre quotidiennement, même en mélanges inattendus. La cuisine fusionne toujours ainsi.
Internet accélère cela : recettes et ingrédients instantanés. Le monde numérique ravive l’échange traditionnel de recettes. Les livres de cuisine restent irremplaçables, mais les cuisiniers amateurs en ligne élargissent nos horizons. La cuisine est globale.
« Nous ne reproduisons pas toujours une recette traditionnelle, mais nous nous en inspirons »
Il y a autant de façons de cuisiner que de cuisiniers. Pas de hiérarchie : marché pour les uns, livraison Ocado pour d’autres, box de recettes en ligne aussi. Cela rappelle la planification stricte de ma grand-mère.
Post Instagram de Nigella (@nigellalawson) du 14 septembre 2017
Ma cuisine est chaotique. J’improvise en ouvrant le frigo. Exemple : carottes et fenouil à la harissa, avec un œuf poché pour un plat complet. L’harissa simplifie tout.
Mon curry aux œufs d’or au curcuma frais : pâte maison rapide au mixeur, sauce coco-tamarin, œufs pochés dedans. Authentique malaisien, pratique pour les soirs chargés.
L’agneau rôti aux cinq épices : tout au four, simple. À la chinoise avec galettes de riz, ou effiloché en tacos. Sans honte pour le brun !

L’orge au poulet, beige réconfortant : cuisses sans peau pour plus de saveur. Évitez les filets.
Et le gâteau aux carottes, gingembre et noix : modeste, irrésistible. Toujours demandé !
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