Pendant que les visiteurs admirent les jardins par les fenêtres, Sarah Raven prépare un déjeuner de Noël anticipé dans sa cuisine du National Trust.
"Je suis Sarah", lance-t-elle avec malice en ouvrant la porte de l'aile résidentielle du château de Sissinghurst, dans le Kent. Cette entrée modeste, loin de la grandiose guérite à tourelles, évoque pourtant un arrivée épique à cheval plutôt qu'en taxi.
L'intérieur surprend par sa simplicité chaleureuse. La cuisine aux poutres basses abrite un îlot high-tech où mijote un chou rouge aux mûres pour accompagner la dinde de Noël. Ses gants de cuisine usés et son plat à rôtir noircis témoignent d'une vie authentique. "Je ne suis pas une fée du logis", plaisante-t-elle, entourée de 27 huiles et vinaigres, de sirops de sureau maison, de chutneys et de gombo mariné.
Les meubles clairs contrastent avec les lambris jacobéens attendus, et des touches familiales – station iPod, devoirs inachevés, paquet de Cheerios – dissipent l'aura aristocratique. Fille du professeur John Earle Raven et de Faith Raven (liée à la reine mère), Sarah a grandi en partie sur la vaste ferme écossaise d'Ardtornish, un domaine de 35 000 acres en Argyll.
Mariée à l'écrivain Adam Nicolson, petit-fils de Harold Nicolson et Vita Sackville-West – créateurs de Sissinghurst acquis en 1930 –, elle vit ici depuis 2004 avec leurs filles Rosie (15 ans) et Molly (12 ans), après le legs au National Trust par Nigel Nicolson. Les jardins, chefs-d'œuvre de Vita, attirent plus de 150 000 visiteurs annuels.
L'aile résidentielle, un ruban de brique rouge sur trois étages, offre cuisine, salon et sept chambres. "Comme vivre dans un wagon isolé", note Adam. Les contraintes National Trust sont nombreuses : cuisinière électrique (pas de gaz), alarmes incendie omniprésentes – les pompiers débarquent pour un bacon grillé ! En été, jusqu'à 2 000 visiteurs quotidiens scrutent les fenêtres.
La famille s'adapte : musique modérée pour ne pas déranger les volontaires, et une vie animée avec enfants, chiens et lapins. Sarah prépare une "production majeure" pour Noël : 22 convives sur trois jours, dont famille, nounou historique et amis.
Logistique ardue, résolue cette année par la Maison du Prêtre transformée en salle à manger festive. Hôtesse expérimentée, Sarah reçoit amis et chefs comme Hugh Fearnley-Whittingstall (parrain de Molly) ou Monty Don (parrain de Rosie).
Veille de Noël favorite : blinis au saumon fumé-vodka, anguille, œufs de saumon, bagna cauda ou fondue aux crudités (céleri-rave, radicchio de Trévise, fenouil, chou-fleur). Le jour J : légumes twistés (chou aux mûres, carottes aux graines grillées, pommes de terre au sel gemme), dinde ou oie.
Pour Sarah, Noël transcende la nourriture : c'est le partage familial, au-delà des plats sophistiqués.
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