La cueillette de plantes sauvages suscite souvent des débats : avons-nous assez prélevé dans la nature ? En réalité, la plupart des espèces récoltées sont communes, comme l'oseille, les mûres, les prunes sauvages ou des "mauvaises herbes" telles que le pissenlit, la pourpier ou la stellaire. Pour les plus soucieux, rien de mieux que de cibler une espèce envahissante.
L'argousier (*Hippophae rhamnoides*), un arbuste au port d'arbre, est un excellent exemple. Indigène du sud-est côtier de l'Angleterre, il a été planté pour stabiliser les dunes de sable. Trop efficace, il s'est propagé par drageons, dominant et dégradant ces habitats fragiles.
Facile à identifier grâce à ses feuilles étroites gris-vert et ses grappes de baies orange vif, il évoque un saule – d'où son ancien nom "sallow-thorn". Son nom latin signifie curieusement "qui ressemble au nerprun et effraie les chevaux", sans lien évident.
Plante invasive, l'argousier est une cible idéale pour la cueillette responsable, loin de ses habitats côtiers originels. Vous le trouverez aussi le long des routes britanniques, comme sur l'A1 au sud de Newcastle.
La récolte demande précaution : épines acérées et baies éclatant facilement, projetant un jus orange vif. Portez un imperméable et des gants en caoutchouc ; versez le jus directement dans un bol, puis tamisez-le pour éliminer feuilles et brindilles.
À Weymouth, les baies sont presque prêtes, mais attendez une à deux semaines dans les régions plus fraîches. Cueillez-les jusqu'aux gels de novembre, avant qu'elles ne perdent couleur et saveur. Leur acidité, due à l'acide malique, est intense – une seule baie aspire les joues !
Côté cuisine, attention : la cuisson dégage une odeur forte, comme noté par ma fille Florence à 13 ans dans son journal : "Papa a cuisiné des baies d'argousier, la maison sent le vomi." Bonne nouvelle : cela disparaît dans le produit final.
J'utilise le jus d'argousier comme alternative au citron pour le poisson – une association maritime parfaite – ou en confiture avec des pommes sauvages. Lors d'un séjour au Summer Lodge à Evershot (Dorset), j'ai offert du jus à leur chef Steve, qui en a fait un "pétillant à l'argousier" mémorable. Voici la recette :
Pour 1 bouteille :
- 1 bouteille de champagne (ou pétillant aux fleurs de sureau, vin britannique pétillant ou cidre léger)
- Environ 150 ml de jus d'argousier brut
- 75 g de sucre
Refroidissez le champagne. Nettoyez les baies/jus, portez à ébullition, pressez à travers un tamis fin ou une mousseline. Reversez dans la casserole propre, réchauffez, ajoutez le sucre et remuez jusqu'à dissolution. Laissez refroidir au frigo. Mélangez au champagne selon votre goût et servez frais.