Les poivrons atteignent leur apogée en été, se muant en une sauce riche et onctueuse grâce aux anchois.

Comme toutes les bonnes histoires, celle de Ben le jardinier et de la mandragore a pris une vie propre, enrichie ou raccourcie selon le narrateur.
Arrivée en Sicile peu après l'incident, je me sens autorisée à la raconter (avec quelques embellissements). Ben et deux étudiants avaient cueilli ce qu'ils croyaient être de la chicorée pour en faire une soupe. Les étudiants, rebutés par l'amertume extrême, ont à peine goûté, tandis que Ben en a englouti deux bols (quatre dans certaines versions).
Le duo a vite ressenti vertiges et éclairs lumineux, mais Ben, après avoir consommé une quantité massive de feuilles de mandragore riches en alcaloïdes, a sombré dans des hallucinations puis des convulsions. Évacué d'urgence (en avion ou en voiture ?), il a survécu contre toute attente. Les médecins siciliens ont salué sa constitution exceptionnelle : une telle dose est normalement mortelle. Ben s'en est sorti et en a tiré un avertissement pour les cueilleurs imprudents.
Dans Vegetable Literacy, Deborah Madison divise les solanacées en deux camps : les létales et les succulentes. La soupe de Ben a révélé le côté sombre, partagé par la belladone ou le tabac frais. L'autre face est délicieuse : tomates, poivrons, aubergines et pommes de terre, arrivées du Nouveau Monde via l'échange colombien.
En Italie, où ces plantes solaires imprègnent paysages et cuisine, il est fascinant de songer à leur arrivée récente, initialement suspectée de toxicité – la tomate vue comme aphrodisiaque. Ce n'est qu'au XVIIe siècle qu'elles s'imposent, colorant nos terres et assiettes de leurs teintes chaudes.
Aujourd'hui, tomates, poivrons et aubergines défient les saisons. Mais les poivrons brillent hors pair hors saison grâce à leur croquant juteux. En été, ils atteignent la perfection, promettant des repas rougeoyants.
Moins spectaculaire que la mandragore, cette recette est une histoire courte : un déjeuner prêt en un clin d'œil, succulent et parfumé. Faites fondre 4 à 10 filets d'anchois et une gousse d'ail épluchée écrasée dans beaucoup d'huile à feu doux (ou un oignon émincé salé). Ajoutez deux poivrons tranchés (un rouge, un jaune) et une poignée d'olives noires. Laissez mijoter doucement pendant que cuisent 400 g de pâtes (fusilli idéaux). Égouttez, mélangez et savourez deux bols par personne.