Je suis critique gastronomique professionnel à Londres, avec un angle mort sur la cuisine de mon enfance. Puis-je recréer le riz jollof et les puff-puff de maman ?

"Montre-moi ça", dit ma mère depuis l'écran, son iPhone cadrant le plafond de son salon. Craintif au-dessus de l'huile bouillonnante, je plonge une cuillère dans la pâte dense de mes premiers puff-puff ouest-africains. "Hmm, ça semble un peu lourd, fiston", juge-t-elle en plissant les yeux.
"Tu crois ?", dis-je dubitatif, en rompant une boule brunâtre. Une pâte crue s'écoule : les ancêtres nigérians hochent la tête tristement.
"Ha ! Ils sont crus, maman !"
"Ah ! Crus ? Oh mon Dieu", répond-elle, mi-gentille, mi-triomphante.
Je voulais explorer la culture et recréer des plats qui transcendent le simple repas.
Bienvenue dans mes aventures confinées en cuisine nigériane. Hauts et bas brutaux pour un critique de restaurants londoniens et expert occasionnel de MasterChef. Le juge devient jugé. Mon idée initiale – recréer les plats d'enfance via Zoom – est passée d'amusement à obsession, me réveillant la nuit pour la texture du jollof.
Retour en arrière. La pandémie m'a privé de ma mère (70 ans en août, prudente en isolement) et de ses gestes d'amour : la nourriture nigériane, cuisinée avec instinct et férocité. Mes fils et mon épouse regrettent les "mardis grand-mère" : plantains frits, jollof dévoré.

Enrôler maman comme coach distant comble le vide : j'améliore mes skills ouest-africains, les enfants mangent sain, elle combat l'ennui en nous nourrissant virtuellement. Bon cuisinier (critique = backseat driver bavard !), je vise la culture, l'héritage au-delà du ventre plein. "P45 en vue ! 😂", texte-t-elle.
Premiers appels : bases comme éplucher l'igname. À 36 ans, pro de la food, pourquoi ce vide sur mon héritage ? Paresse patriarcale : chez maman, je régresse en ado au canapé. Ou rébellion : préférer italien/français/mexicain pour mon terrain propre, sans bagages parentaux.

Premiers échecs : igname trop al dente, jollof rejeté pour oignons visibles. Courbe raide mais enrichissante : puff-puff réussi avec petites portions et feu modéré. Odeurs fétichent la maison, j'apprécie le labeur, adapte (poulet schmaltz au jollof, salsa bonnet sur igname).
Projet commun : j'arrête de râler sur ses courses risquées, elle mesure/précise. Se pencher sur le riz jollof, remuant rythmiquement, la ramène dans la pièce. Pas les mardis chaotiques, mais vital en confinement. Parfait ? Non. Suffisant ? Oui.
Pour 26-30 beignets
375 g de farine ordinaire
1 sachet de levure chimique
½ c. à c. de noix de muscade râpée
1 pincée de sel
200 g de sucre (plus pour saupoudrer)
2 tasses d'eau tiède
Huile végétale pour friture
Mélangez les secs. Ajoutez l'eau progressivement pour une pâte lisse épaisse comme crêpes. Couvrez (film + torchon) et laissez lever 45 min au chaud. Chauffez 8 cm d'huile. Formez des boules taille cuillère à soupe, fryez par lots jusqu'à doré. Saupoudrez sucre, mangez chaud.