Lorsque je me suis mariée dans la famille Girodon il y a près de six ans, j'ai hérité de ma belle-mère, Marie-Louise, surnommée Moineau (« petit moineau » en français). Cette Française exceptionnelle, petite et gracieuse, a su élever trois garçons, travailler à plein temps, entretenir le jardin familial dans les Alpes, confectionner des confitures exquises à partir de fruits frais, et tricoter des pulls si doux que mon fils Luca n'a jamais porté ceux du commerce.
Moineau excelle aussi dans la boulangerie et sait dénicher le meilleur champagne au meilleur prix. Elle maîtrise la cuisine française classique comme une cheffe. Lors de notre mariage, son foie gras maison a été dévoré en un instant, tout comme sa mousse au chocolat irrésistible.
À maintes reprises, elle m'a proposé de m'initier à la cuisine, mais l'intimidation l'emportait. Issue d'une génération inspirée par les recettes saines et simples de Nigella Lawson ou Jamie Oliver – méditerranéennes, faciles comme des risottos ou des pâtes –, je préférais éviter les plats complexes de Julia Child ou Elizabeth David.
Le répertoire de Moineau est plus ambitieux : raclette alpine (fromage fondu, saucisses, cornichons, oignons), confit de canard, rognons de veau (« Pourquoi les Anglais ne les aiment-ils pas ? », s'étonne-t-elle). Elle insiste sur leur simplicité, mais je restais sceptique.
La première année, mon mari Bruno m'encouragea : « Laisse Moineau t'apprendre ! » J'hésitais, craignant l'échec en terre de grands cuisiniers. Puis, je feuilletai La Bonne Cuisine pour Tous, un ancien livre taché de vin et de sauce, hérité des Girodon.
À Noël dernier, en lisant ses recettes manuscrites offertes à Bruno – gratin dauphinois, pains de courgettes –, et en l'observant dans la cuisine alpine, j'ai perçu son calme maîtrisé. C'est là que j'ai compris : elle est experte en « raccourcis intelligents ».
Comme beaucoup de Françaises averties, elle adore Chez Picard, le paradis des surgelés haut de gamme. Élevée à rejeter les produits congelés, j'ai appris qu'en France, Picard est un allié des pros : oignons perlés frais congelés sur cueillette. « Pourquoi éplucher des heures quand Picard le fait ? »
J'ai capitulé. Bientôt française, je m'intègre : jeans slim, ballerines, dépôt scolaire incognito. Ce printemps, nos leçons ont commencé.
Chaque dimanche, Moineau traverse Paris en métro du 16e au 6e arrondissement pour cuisiner le déjeuner. Premier menu printanier : blanquette de veau, riz, tarte au citron. Elle m'indique les achats ; elle apporte vin de cuisine et bouquet garni.
À 9h30, avec ses ustensiles (zesteur, mini-fouet), elle fait fondre huile et beurre dans une cocotte. Écoutez le bouillonnement ! Viande dorée, eau, vin, oignons Picard, carottes coupées à la main « comme ma mère ». Deux heures de mijotage.
Tarte : zestez deux citrons à la main, boucle au feu pour parfum. Mixer citrons, sucre, blancs d'œufs (séparés proprement : jaune en tasse). Verser sur pâte Monoprix, meringue improvisée grillée.
Sauce béchamel au bouillon de veau, jaunes et crème fraîche pliés dedans.
Riz parfait : double d'eau, sel. Tisane de rose : une cuillère bombée par personne, couvercle fermé.
Succès ! Veau crémeux, riz beurré, table dressée avec vaisselle alpine, vin, baguette, fromage corse. Personne n'y croit : j'ai réussi la blanquette !
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