La femme sur la photo est ma grand-mère, Sofia. Qu'y a-t-il d'exceptionnel à voir une femme sous la pluie devant Santa Maria del Fiore à Florence ? En 1977, date de cette photo, mes grands-parents vivaient en République socialiste de Roumanie. Voyager vers l'Ouest « décadent » était presque impossible. Grâce aux relations de mon grand-père, ils ont obtenu l'autorisation d'une visite en bus dans le nord de l'Italie. Mon père, alors âgé de 17 ans, n'a pas pu les accompagner : les autorités redoutaient une défection familiale.
Mes grands-parents disposaient de très peu de devises étrangères, à peine de quoi se faire plaisir. À Venise, par une chaleur étouffante, mon grand-père s'est offert un cornet de glace – le meilleur de sa vie ! Malheureusement, il l'a fait tomber après quelques bouchées. Il l'a regardé longuement sur le trottoir, hésitant à le ramasser, mais s'est retenu d'en racheter un autre. Cette anecdote m'a toujours ému.
En 2003, à Constanța, mon père et moi avons évoqué un voyage en Italie avec ma grand-mère. Florence était sa ville préférée. Nous devions y aller, mais elle nous a quittés quelques semaines plus tard, annulant nos projets.
Ce n'est qu'en 2011, lors de nos dernières vacances en famille en Toscane, que nous avons foulé les mêmes rues que mes grands-parents 34 ans plus tôt. Nous avons adoré les Offices, la Piazza della Signoria, le Ponte Vecchio, et surtout Santa Maria del Fiore, que ma grand-mère prononçait comme un amour perdu : Santa Maria del Fiore. Santa Maria del Fiore.
Sophie van Llewyn
La Bamba de Trini López
"Para bailar la bamba / Para bailar la bamba / se necesita una poca de gracia / A una poca de gracia y otra cosita / Ay arriba y arriba / Ay arriba y arriba por ti seré / Por ti seré / Por ti seré."
La Bamba de Trini López me replonge dans une nuit d'été chaude au Cap, dans les années 1960. Tard le soir, mais encore clair et étouffant, la chaleur filtrait à travers mes rideaux à motifs de caniches. J'avais trois ans, je ne dormais pas et j'ai rejoint la fête de mes parents avec les voisins dans le salon.
Sans télévision ni richesse, ils dansaient sur un magnétophone, organisaient des soirées Tupperware ou jouaient aux cartes avec des haricots comme mises. La nourriture ? Saucisses au fromage, œufs farcis, cacahuètes.
J'appréhendais un peu d'être levée, mais mon père m'a prise dans ses bras et nous avons dansé sur La Bamba. Je me suis sentie en sécurité et heureuse au milieu des chants et des danses.
Mon père est parti trop tôt, mais ce souvenir d'amour et de danse perdure. Psychologue, je sais la chance d'une telle relation parentale. Cette chanson évoque la tendresse, la chaleur et l'humour de mon père.
Dr Chantal Bailie
Ingrédients
Pain
Beurre
Céleri
Cheddar
Né en 1948 à Leicester, j'ai grandi avec un père employé de banque rentrant déjeuner à 12h50 et dîner à 18h50. Le repas du soir incluait une nappe seersucker et deux plats ; il adorait les puddings vapeur à la crème anglaise.
Vers 18h, goûter avec spaghettis en boîte, œufs pochés ou fèves sur toast grillé. Week-ends d'hiver, au coin du feu : les Toast au Beurre Chaud.
Papa entretenait le feu, attisant les braises rougeoyantes. Une casserole d'eau bouillante supportait un plat Pyrex couvert sur le foyer. Agenouillés, nous grisions des tranches de pain sur fourchette : dorées, parfois brûlées ou perdues dans les flammes ! Maman beurrait et empilait sous le couvercle.
Avec céleri dans une cruche et cheddar vinaigré du garde-manger, on garnissait les toasts les plus chauds. Derniers : confiture, Marmite ou Bovril.
Mère de deux enfants modestes, j'admire sa magie culinaire. Je sens encore ce croquant beurré et ce cœur spongieux : le summum du régal !
Maxine Linnell
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