Les moitiés de figues séchées, farcies d’amandes et d’oranges confites puis enrobées de chocolat noir, sont une friandise ancestrale qui égaye encore les tables de Noël.
Le magasin de vins et bières visible de la fenêtre de notre cuisine propose aussi biscuits et confiseries. Comme toute épicerie, son assortiment varie au fil des saisons : vagues généreuses autour du carnaval et de Pâques, puis reflux estival de bonbons durs aux noisettes, avant une nouvelle marée en septembre qui culmine juste avant Noël, vidant les rayons.
Vivre si près est tentant, comme une gare bondée. L’an dernier, j’ai raté un calendrier de l’Avent en chocolat pour mon fils, ainsi que des quartiers de mandarines et figues farcies, parties comme une volée de moineaux.
Cette année, alerte dès les premiers arrivages, j’ai foncé. L’avant-boutique, imprégnée de carton et pâte d’amande, déborde d’étagères de bouteilles et de tables chargées. J’ai cherché les figues Colavolpe de Calabre, reconnaissables à leurs boîtes art nouveau ou ballerine tutuée de fruits confits. Introuvables. Orazio, le propriétaire, m’apprend qu’elles arrivent sous une semaine : récolte tardive fendue en deux, séchée et traitée diversement. Son geste mime le trempage au chocolat, évoquant un ancien beignetier pompant de la confiture.
Il y a des années, nous traversions la Calabre en août, suivant les concerts tardifs de Vincenzo. Paysages vus de la Ford Transit : forêts humides du Sila, côtes d’un bleu-violet. Berceau des premiers villages italiens (3500 av. J.-C.), la région vit naître la culture des figues sauvages avec les Grecs.
La province de Cosenza, patrie du fico dottato di Calabria, nous a offert en mémoire figuiers aux feuilles palmées argentées, agrumes, olives, vignes. Maîtres Calabrais de la conservation, ils sèchent, cuisent, farcissent figues en cercles, tas ou croquette (croix).
J’ai rapporté un pallone di fichi (u paddruni i ficu) : figues bouillies en sirop, mêlées de zeste, noix, cannelle, roulées en boule, ficelées de raphia. Plus tard, figues sèches au chocolat : sucré-savoureux comme miel de châtaignier, craquantes de graines.
Risques des souvenirs comestibles : oubliés ou décevants. Heureusement, certaines se recréent maison.
Préférez farcir des moitiés : les figues entières sont volumineuses.
Rendement : 20 pièces
10 grosses figues semi-séchées
20 amandes entières pelées
20 lamelles d’orange confite
300 g de chocolat noir, cassé en morceaux
Ouvrez délicatement les figues en deux (ou aidez-vous d’un couteau).
Glissez une amande et une lamelle d’orange dans chacune, pressez pour refermer.
Préparez une feuille de papier sulfurisé. Faites fondre le chocolat au bain-marie. Trempez rapidement les figues, enrobez à mi-hauteur ou totalement. Posez sur le papier, laissez durcir. Conservation : mois, ou épuisement total.
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