Garni d'un œuf frit croustillant, ce pad krapow au porc évoque les jours ensoleillés et pieds nus de mon enfance au cœur trépidant de Bangkok, imprégné de ses saveurs épicées et parfumées.
Le pad krapow sous toutes ses formes me ramène à la maison de mon enfance à Bangkok. Mes parents évitaient les plats thaïlandais le soir – étrange, mais vrai. Ainsi, mon dîner de retour du pensionnat était toujours du poulet rôti. Mais le lendemain midi, c'était invariablement un pad krapow servi sur du riz au jasmin fumant, avec un œuf frit parfait. L'arôme anisé du basilic sacré, les piments et l'ail qui titillent les narines : ce plat incarne le foyer. Aujourd'hui encore, quand je suis triste ou stressée, je le prépare et il chasse tous mes soucis.
Parmi mes autres souvenirs, j'aimais m'échapper enfant. J'emballais ma trousse de toilette avec une brosse à cheveux, « Baby » mon oreiller en peluche, un pantalon propre, et je partais. Je disais à ma mère : « J'y vais pour de bon ! » tandis qu'elle me laissait franchir la porte, sachant que je n'irais pas loin, jusqu'au petit café ou Laan Lek à un pâté de maisons. Ils vendaient des tua tort, de gros disques de pâte dorée, salée-sucrée, parsemée de cacahuètes entières avec peau, aussi gros que ma tête. Cinq minutes plus tard, maman ou ma nounou Lune me retrouvait en train de grignoter, et me ramenait à la maison.
En Thaïlande, la nourriture est partout, tout le temps. Manger est un art national : partager, discuter, savourer. Il y a toujours un nouveau plat à découvrir. En janvier dernier, ce fut l'aeb samong moo, une pâte épicée au curry de porc et cervelle de porc, enveloppée dans une feuille de bananier et grillée sur charbon.
Le poulet rôti reste synonyme de retour au bercail. Quand j'ai rencontré mon mari, il a adopté cette tradition : il m'en prépare à chaque voyage. Nous vivons dans le sud-ouest de Londres, dans une maison bohème avec une terrasse sur le toit surnommée « maison en pain d'épice » par nos amis. Remplie d'objets beaux et utiles, comme le préconisait William Morris. Rien n'est réservé aux occasions : si je n'utilise pas un objet, je m'en sépare. Au troisième étage, un bar art déco s'ouvre en lumière, me faisant applaudir de joie. Murs ornés de vinyles vintage, affiches de films et emballages rétro.
Nous y sommes depuis 14 ans sans rien changer – c'est parfait ainsi. En mon absence, ce qui me manque le plus : le canapé avec mon mari et le chien. Et la cuisine ! En Thaïlande, nous logeons en hôtels avec services, sans cuisiner. Nous adorons les restaurants, mais aussi notre cuisine maison. Rentrer y est un bonheur.
J'ai grandi entourée d'animaux ; impossible d'imaginer la vie sans. Deux chats – Hepburn et Wilcox – et Maya, chienne rescue des Forgotten Paws of Serbia. Les chats tolèrent Maya dans une entente cordiale.
Recette de vitel toné : rumsteck au thon et sauce aux anchois – Lire la suiteLa maison de mon enfance était une villa moderniste des années 50 : blanche, géométrique, avec cloisons en lattes de teck, jardin et champ aux buffles voisin.
Mon enfance fut idyllique – potelée par les festins ! Petit-déjeuner occidental dedans, thaï dehors sur comptoirs carrelés et feux de charbon. Comme un hobbit sans poils aux pieds.
À l'internat, Bangkok me manqua : sa nourriture (quelle horreur que la viande hachée au curry anglais fade !), sa chaleur, la vie sans chaussures, les animaux, les repas familiaux, les marchés bruyants.
Aujourd'hui, mon mari et moi dînons à la table de cuisine, vin en main. Lumières tamisées, musique débattue (lui 24/7, moi silence). Obsédés par la BO de Nashville et Human de Rag'n'Bone Man. L'un cuisine, chats et chien s'agitent. Tout est bien.
Mon plat réconfort thaï ultime : piquant, parfumé, irrésistible. Remplacez le porc par bœuf, canard, poulet, tofu... Sur riz jasmin et œuf frit. Basilic sacré idéal ; sinon, basilic thaï ou italien.
Pour 2 personnes
6 gousses d'ail pelées
6 piments oiseau
1 gros piment rouge en morceaux
1 pincée de sel de mer
1 c. à s. sauce soja sucrée
1 c. à s. sauce soja légère
1 c. à s. sauce de poisson
1-2 c. à s. d'eau
1 pincée de sucre
2 c. à s. huile végétale
300 g porc haché grossièrement
100 g haricots verts équeutés, coupés en 1 cm
1 grosse poignée feuilles basilic sacré (bai krapow) – plus mieux !
Pour les œufs
2 œufs
Huile végétale pour friture
1 Piler ail, piments, sel au pilon-mortar pour pâte grossière.
2 Mélanger sauces soja, poisson, 1 c. à s. eau ; dissoudre sucre.
3 Chauffer huile wok fumant. Ajouter pâte piment-ail, sauter secondes (arôme sans brunir). Ajouter porc, cuire. Haricots verts, sauter.
4 Verser sauce, bouillir. Ajouter presque tout basilic, flétrir.
5 Servir sur riz jasmin vapeur, basilic restant dessus.
6 Pour œufs : 2-4 cm huile chaude wok. Casser œuf, frire 1 min (blanc croustillant, jaune coulant). Égoutter sur plat.
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