Luxueuse mais simple, cette combinaison de saveurs s'inspire de l'esprit visionnaire et artistique de la famille Fabbri.

Gennaro Fabbri avait un projet ambitieux : abandonner la vente de chaises pour ouvrir un petit commerce doté d'une vinaia (cave à vin), qu'il convertirait en distillerie pour produire liqueurs et sirops. Il trouva l'endroit idéal sur la place principale de Portomaggiore, dans la province de Ferrara, en Émilie-Romagne. Grâce à un prêt de son frère Antonio, Gennaro transforma l'ancienne épicerie et la rebaptisa Premiata Distilleria G. Fabbri. Nous étions en 1905.
L'un des premiers produits fut la liqueur 1° Maggio, nommée d'après le 1er mai, fête du Travail. Cette boisson jaune, abordable pour tous, était vendue dans une bouteille en forme de flacon ornée d'ouvriers se serrant la main, d'une faucille, d'un marteau et d'un soleil levant. Elle célébrait l'aube d'un nouveau siècle. Suivirent l'amaro Carducci et Virov, une boisson jaune à base d'œufs et de marsala, semblable à un zabaione. Le succès fut rapide : au début des années 1920, Gennaro racheta une petite usine à Bologne.
Rachele Buriani, épouse de Gennaro, se révéla tout aussi visionnaire. Selon la légende, elle cueillit des cerises sauvages amarena des vergers près de Bologne, les cuisit au sucre dans des casseroles en cuivre jusqu'à obtenir un sirop épais (sciroppate), et convainquit son mari de miser sur ces cerises à grande échelle. Une belle histoire d'origine pour Fabbri, même si la distillerie était déjà établie.
Le couple visait des produits démocratiques au design dynamique. Virov était servi dans des tasses jaunes assorties, invitant à racheter la bouteille. À l'ère du futurisme, avec ses thèmes de vitesse et de technologie, Rachele et Gennaro s'alignaient sur cette énergie explosive en art, sculpture, peinture et gastronomie. Le sculpteur futuriste Riccardo Gatti conçut le mythique pot bleu et blanc incurvé pour les cerises amarena au sirop violet profond, teignant les lèvres de rubis.
L'histoire de Fabbri se poursuit avec pirates, glaces et cinq générations. Mais arrêtons-nous au pot iconique. Utilisez n'importe quelles cerises au sirop pour cette recette, fusion du gâteau sans farine d'Elizabeth David (torta caprese), des brownies de Margot Henderson et du gâteau forêt-noire. Obtenez un dessus craquelé et un cœur fondant comme un fudge. Cuisez avec précaution !
Rachele, Gennaro et Gatti avaient tout compris : ce pot conserve les cerises, facilite le service et décore si bien qu'on le garde comme vase ou porte-crayons, incitant à en racheter. Ce gâteau est tout aussi irrésistible. Si tout échoue, je trouverai peut-être une cave à vin à transformer en pâtisserie !
Préparation : 5 min
Cuisson : 45 min
Pour : 10-12 parts
Ingrédients :
200 g de beurre, en dés
200 g de chocolat noir, haché finement
150 g de sucre semoule
4 œufs
1 bocal de cerises au sirop (environ 300 g de cerises et 600 ml de sirop)
200 g d'amandes en poudre
1 c. à c. de levure chimique
Faites fondre le beurre, le chocolat et le sucre au bain-marie en remuant. Laissez tiédir quelques minutes.
Incorporez les œufs un à un en battant bien, puis 2 c. à s. de sirop des cerises, les amandes en poudre et la levure.
Versez la pâte dans un moule tapissé de papier sulfurisé. Enfoncez 12 cerises (1 par part). Cuisez 30-35 min à 170°C (150°C ventilé)/th. 3½, jusqu'à ce que le gâteau soit pris avec un dessus craquelé. Laissez refroidir avant de démouler. Servez avec cerises et sirop supplémentaires.
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